Paris- Revoir la "Belle Dame"
Au cours des années, j’ai souvent écrit sur Paris, car je l’ai dit et je le redis, j’aime profondément cette ville. En privé ou en public, j’ai souvent comparé Paris à la « Belle Dame », car selon moi, Paris est la plus belle des villes.
Et pour moi, la beauté n’est pas uniquement lorsque l’on porte des habits de cérémonie pour les grands moments, mais la beauté se mesure dans les gestes du quotidien, les petits moments que l’on ne cite généralement pas.
Comme les gens, Paris a ses aspects magnifiques et ses côtés d’ombre, ses victoires et ses défaites, ses évidences et ses ambivalences, ses convictions et ses contradictions.
Je suis de retour ici pour une petite semaine. Une petite semaine où le temps se déroulera à la vitesse de Paris, soit à 160 km/heure. Levé tôt, métro, rendez-vous, discussions sérieuses seront certainement passionnantes.
Mais ce dimanche matin, il me fait bien plaisir de retrouver la « Belle Dame » dans ses habits ordinaires.

Paris a ses moments « ordinairement magiques ».
C’est la petite gamine qui se réfugie dans les bras de son papa dans un café de Montmartre
C’est les amoureux qui se bécotent tendrement sur un banc public du boulevard
C’est des potes qui se retrouvent le dimanche pour changer le monde « chez Suzanne »
C’est un vieux et une vieille, le dos courbé, qui font leurs courses avec le petit chariot à roulettes
C’est le vendeur de fruits qui râle sur les prix qui augmentent
C’est le chauffeur de taxi qui peste contre l’administration publique qui coupe des rues
C’est les copines qui profitent d’un cocktail coloré entre deux clopes dans un café
C’est les poussettes et les gamins qui explorent l’un des magnifiques parcs publics comme si c’était la brousse africaine
C’est les touristes qui déambulent les yeux ronds, la tête en l’air, scannant partout sans regarder devant
C’est les téléphones omniprésents dans les mains de ceux qui marchent, le regard bas, la tête un peu penchée
C’est la nana qui, écouteurs sur les oreilles, raconte à sa copine comment le mec de sa copine est trop con
C’est les conversations de métro où tout le monde entend tout et on « s’en fout »

Paris, c’est aussi ses odeurs.
La douce odeur des parfums chez Fragonard
L’arôme du premier café du matin avec son croissant chaud
L’odeur acre de l’urine dans certains coins du métro
Le poisson frais sur l’étal du poissonnier rue Clichy qui, avec les huîtres, nous embaume
Le poulpe grillé avec son risotto
La clope qui vient par vagues dans la rue et dans les cafés
Le fromage bleu qui nous rappelle que l’on est bien loin des odeurs aseptisées que l’on a chez nous
Les douceurs sucrées qui embaument les chocolatiers aux étals envoûtants
La pluie qui arrose les rues en ce samedi un peu gris, un peu ozoné
Les crêpes au sucre, confiture, Nutella, chocolat, caramel dans la rue
Les fleurs des marchands qui embaument la rue, en ce matin de printemps
Les sucreries qui rappellent les pires péchés de gourmandise des pâtissiers
La pointe d’anis et de cassis des parfumeries qui ouvrent grandes leurs portes
Les saucissons et les cochonnailles des charcutiers qui savent, avec frénésie, servir les clients qui font leurs courses du samedi

Paris a sa musique.
Les sons des plats et de la vaisselle des cafés
Les commandes du chef à la cuisine des restaurants
Le rumbling des voix disparates où les conversations fusent sans trop se soucier de ce que le voisin raconte
Le claquement des roues des voitures sur les pavés
Le roulement des valises des touristes sur les trottoirs
Le vrombissement des motos qui slaloment entre les voitures
La musique rap française qui résonne des voitures de sport
Les cloches des églises qui sonnent au quart, à la demi et à l’heure dans certains endroits
Les paroles de Christophe chantées à plein « Aline, pour qu’elle revienne »
Le raï algérien qui résonne ailleurs des fenêtres d’appartements du 2e étage
Les « PimPons » des voitures de police qui traversent les boulevards à vitesse grand V
Les notes envoûtantes de piano d’un musicien qui, visiblement, fait ses gammes en ce petit matin
Paris a son histoire, ses monuments, ses touristes, mais c’est surtout sa vie ordinaire qui se déroule devant nous.
La prochaine fois où vous visiterez « la Belle Dame », appréciez bien ses habits du dimanche et ses tenues de soirée. Mais prenez le temps aussi d’apprécier les habits de tous les jours, ces habits qui font que l’on est vivant !
Belle journée à vous
Steph
